L’école a débuté la semaine dernière, ce qui ne m’a pas empêché de m’amuser. Je me lève vers 10h tous les matins et je relaxe une petite heure avant de commencer à me préparer. Je discute de tout et de rien avec mon cher colocataire, je vais casser la croûte avec mon voisin Mihai, je vais à la cuisine et jase avec ceux et celles qui sont en train de préparer leur petit-déjeuner. Bref, je socialise un peu avant d’aller sous la douche et de m’habiller.
Vivre dans une villa avec d’autres étudiants comporte un nombre important d’avantages qui sont souvent très simples. Par exemple, je suis toujours accompagné lorsque je me rends à l’école en autobus. J’arrive dans le centre-ville de Bologne vers 12h30, après environ vingt minutes de transport, et je passe par un café ou une pizzeria pour m’acheter quelque chose à manger.
Je me suis toujours considéré comme une personne organisée (ou comme je l’aurais dit en anglais : I have my shit together), mais pour dénicher les cours que je me suis trouvés, surtout dans le système universitaire italien qui est géré par des incompétents, il fallait du talent. J’ai un cours de traduction littéraire et un autre de traduction audiovisuelle de l’italien au français, ainsi qu’un cours qui porte sur Carlo Goldoni et un cours de traduction générale de l’anglais à l’italien. Et la meilleure ? J’ai passé quelques tests pour pouvoir être classé dans les bons cours et je ne suis que des cours de maîtrise. Les classes sont donc ridiculement petites, ce qui est génial. Je suis parfois considéré comme « l’Américain de service » qui peut expliquer les références non-européennes, mais je n’ai absolument rien contre le concept.
Après mes cours, qui se terminent souvent vers 17h ou 18h, je me rends à la villa et je commence à cuisiner. La préparation du dîner (le souper, pour les Québécois) est l’un de mes moments favoris de la journée. Tous les étudiants de la résidence se rassemblent et préparent leur repas. On échange, partage et s’entraide exactement comme le ferait une famille. Puis, nous mangeons tous ensemble autour d’une grande table.
Par la suite, la soirée commence. Nombreuses sont les activités qu’on peut faire à Bologne. Si je me sens sage, je vais visiter un musée ou je me promène dans les rues bolognaises que je découvre encore. Sinon, je sors. À Montréal, tout le monde me connaît et sait donc que je suis normalement du genre tendre, attentif et doux. Cependant, ils savent aussi que lorsque je suis dans une situation qui requiert un brin de folie, je deviens légèrement différent. Ici, les commentaires du type « Mais dis donc ! You were on fire » et « What the hell happenned to you tonight » pleuvent. Vous serez contents de savoir que mon alter égo, que mon amie Constance a ironiquement appelé Chapter, se porte à merveille.
Sur une note sérieuse toutefois, je me dois de raconter une histoire qui laissa en moi une déception. La semaine dernière, mercredi je crois, nous étions quatre à vouloir aller danser dans l’une des meilleures discothèques de Bologne. Je n’avais entendu que de bons commentaires à propos de Cassero, une boîte gay. Nous arrivâmes donc très enthousiastes et un tantinet ivres à la porte où se tenait le portier. « Stranieri ! Passaporti per favore ». Nous sommes des étrangers. Conséquemment, nous dûmes montrer notre passeport. Je crus tout d’abord qu’il voulait simplement vérifier notre âge et je lui montrai ma carte d’étudiant qu’il refusa. Je demandai au portier pourquoi il était nécessaire d’avoir son passeport pour entrer dans une discothèque. Rapidement, il me corrigea: « Non è una discoteca. È un circolo ». Il s’agit d’un cercle, pas d’une discothèque. Le portier nous dit qu’il voulait savoir qui fréquentait son cercle et que le passeport était le seul moyen de le savoir.
Il est vrai que pour être acceptés par les autres, les gays du monde entier devraient se créer des cercles fermés. Trois d’entre nous avions notre passeport et nous entrâmes, mais il fallut laisser Sofia à la porte. Sur ma main, on apposa une étampe qui disait « No omofobia ». Les pauvres membres de ce cercle en ont encore beaucoup à apprendre sur l’acceptation. On m’a dit que le Cassero défendait les droits des homosexuels et que pendant l’après-midi, il y avait différents groupes qui se formaient au sein même de la boîte de nuit. Armé de mon passeport, je compte bien m’y rendre et voir ce qui s’y fait. Et faute d’inspiration, je vais jeter un coup d'oeil aux mots en verlan que je dois traduire vers l’italien. Cominciamo a sgobbare !
